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10 - DECORATIONS SYMBOLIQUES

LES CROIX, LES BORNES, LES STELES …

La religion tient une place importante dans l’histoire des Vosges et les églises, abbayes, croix puis calvaires, élevés dans la pierre au détour de chemins, vestiges multiples de croyances érigés dans la ferveur sont là pour en témoigner. 

Depuis des siècles, ces croix, stèles, bornes, chapelles, chapelottes font donc partie de l’environnement. Ce sont aussi des témoignages de l’histoire des hommes, de la société civile et religieuse ayant servi de repères dans le paysage et traversé le temps en subissant les vicissitudes. C’est à l’époque de l’apparition du christianisme que l’église, les paroisses et les fidèles commencent à édifier croix, calvaires, chapelles et statues de Saints sur des emplacements suspects des villes et campagnes, les montagnes et forêts peu fréquentés le sont bien plus tard. 

Notons qu’avec le temps, les guerres et invasions, les premières chapelles puis croix ont presque toutes disparues, ces dernières étant construites en bois. 
Dans les environs de La Neuveville et Raon, les croix encore contemplées sont érigées entre le XVIème et XIXème siècles. 

Dans le paysage de ces deux communes, elles sont points de repères et lieux de rendez-vous. Pour les voyageurs et colporteurs, elles servent à s’orienter. Certaines croix sont gravées au repentir, à la prière ou encore offre des indulgences. 

Il y a aussi des croix de Mission, de Jubilé, d’autres marquant un événement dramatique : accident, meurtre… Beaucoup sont commandées à des sculpteurs par des bourgeois fortunés pour témoigner leur foi puis assurer un salut de leur âme. Malheureusement ces modestes symboles populaire sont la plupart dans un état délabré, le temps ayant fait son œuvre. 

A l’époque, les croix de chemin sont le plus souvent aux carrefours considérés comme lieux où peuvent se rencontrer les influences néfastes ou à l’entrée des villages, interdisant ainsi les intrusions sataniques. Les arbres sacrés protègent aussi la communauté. Le culte de l’arbre, très répandu dans l’Antiquité, est combattu en vain par l’église au cours des siècles. Il y a encore quelque décades, il n’est pourtant pas rare de découvrir, creusée dans un tronc de chêne, une niche abritant une statuette où une image pieuse. Régulièrement des fidèles en fleurissaient les alentours et les druides ont cédé place à d’autres croyances.


La croix du cimetière Notre-Dame
style gothique flamboyant tardif
La croix du cimetière de Raon semble dater du milieu du XVIème siècle voir autour de 1600. 
Dans un style gothique flamboyant, la pierre de calcaire dans laquelle est sculpté ce grand crucifix n’est pas locale. 
Le socle avec les crânes paraît plus tardif mais le Christ en croix monumental sur son fût octogonal, ses congés ainsi que ses moulurations en « cul de lampe » prismatique, d’une hauteur totale de 4,20 mètres (socle compris) et de largeur de 1,55 mètre, se trouve à l’origine dans le cimetière de la chapelle Notre-Dame attenant à l’hôpital (ospitaul de Ravon en 1279) situé en dehors des murs de la ville depuis le Moyen-âge. 

L’ensemble est implanté sur l’Isle, approximativement à l’emplacement où sont construits les écoles de garçons vers 1830 (école primaire du centre). Au cours du XIVème siècle, il est créée la chapelle Notre-Dame puis le cimetière qui disparaissent définitivement dans les tourments de la guerre de Trente-Ans puis la période révolutionnaire, fin XVIIIème, est fatale à tout emblème de l’ancien régime et de la religion notamment les croix. 
Nombre de calvaires, croix de chemin et armoiries sont détruits. 
Ainsi lors de la Révolution, en l'An II de la République (1792), Christophe DUSSOURD, maire de Raon ordonne la destruction des croix et emblèmes religieux. Le travail est confié à Jean Baptiste VALENTIN, maçon. Celui-ci détruit méthodiquement toutes les croix rurales et de chemins sur la commune ainsi que « 40 petites croix » du cimetière. Sa facture très détaillée ne parle pas de cette croix monumentale. Sans doute est-elle démontée puis cachée avant ces destructions. Les croix de chemin sont pour la plupart relevées par la suite. mais aucune mention n’est faite concernant cette grande croix.. 
Le cimetière est déplacé en 1822 au lieu-dit la Haute Chapelle, sur la rive droite de Raon. Les ossements ainsi que la vieille croix de l’ancien cimetière sont transportés en ce nouvel emplacement en 1827. La croix réapparaît implantée sur le côté Sud-Ouest de la nécropole, son emplacement actuel. 
En 1997, Jean Luc STAUB s'intéresse à cette œuvre digne d’intérêt sur le plan patrimonial et constitue un dossier historique et iconographique.


La tempête du 26 décembre 1999, détruit bien des monuments funéraires dans le cimetière mais la croix résiste avec l’accentuation de fissures apparaissant sur le fût. Enfin en 2008, la Croix Notre-Dame est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (Décret préfectoral no 3623/2008 du 18 novembre 2008).

LES BORNES

Sur la ligne entre l’abbaye de Moyenmoutier (ban de Raon) et l’évêché de Metz (ban de Bertrichamps), il est encore découvert différentes bornes délimitant les anciens territoires.

- Une borne en grès fin d’une hauteur de 85 centimètres, au sommet arrondi. Sur la face tournée vers Raon, une croix de Lorraine est gravée en traits fins avec le millésime 161(5), date de l’abornement. Sur l’autre face à gauche, une crosse épiscopale simple, symbole de l’autorité de l’évêque de Metz. 
Cette borne est brisée par un arbre déraciné lors de la tempête de décembre 1999. En suivant aussi l’ancienne frontière séparant le ban de Celles qui dépend de l’abbaye de Senones dans la Principauté de Salm, des terres de l’abbaye de Moyenmoutier (ban de Vézeval, situées dans le duché de Lorraine), il est trouvé des bornes Salm-Lorraine. Sur la face côté Raon, elles portent le blason de la Lorraine avec les trois alérions puis sur celle regardant Celles, le blason de Salm comporte les deux saumons et quatre croix de Saint-André (ci-dessous).



Au Moyen-âge, nul ne se promène dans les forêts peu pénétrables car peu de chemins. Cela n’apparaît guère qu’à partir du XIXème siècle. Néanmoins quelques gens y travaillent pour les seigneurs locaux et sont un terrain de chasse pour ces nobles. Tout est taxé : droits de cens, de corvées, de bans, de dîmes, de breuil, de terrage, de pâturage pour les porcs, de paxonnage et même droits de péage sur les chemins du ban existant.

Sur le territoire de la commune de Raon l’Étape, il est constaté plusieurs bornes numérotées en grès ou en ciment toujours en place en divers endroits. D’autres sont couchées ou sont disparues. Sur la plupart de celles rencontrées en rive gauche de la Meurthe (ancien ban de La Neuveville), il est gravée sur une face la lettre « N » pour La Neuveville et sur l’autre « E » pour Etival.

Ces gravures sont réalisées sur des bornes déjà en place antérieurement, limitant les bans lors du passage aux territoires communaux. La numérotation sur ces anciennes bornes est donc faite lors de l’abornement communal. Celles-ci sont récupérées puis réutilisées car leur emplacement d’origine ne peut être là, au milieu de secteurs. Des bornes ordinaires sont aussi implantées. Remarquons que les limites actuelles de l’agglomération sont calquées sur celles établies par les abbayes, sur celles des différents bans de ces mêmes abbayes et cela depuis plusieurs siècles. Elles sont riches en témoins de cette histoire.

Limites de la commune de Raon l’Étape 
pour sa partie en rive droite
avant sa réunion avec La Neuveville


Après les limites du duché, il semble intéressant de déterminer celles de la communauté de Raon l’Étape ainsi que les forêts entre les bois de Celles (comté de Salm), de l’abbaye de Moyenmoutier établies sur la sommité de la montagne appelée vulgairement « Haute Borne » qu’il est jugé que l’alignement prenne à l’écoulement des eaux des montagnes et faire de la dite forêt relativement à la dite « Haute Borne » et au titre d’accompagnement du duc Ferri III au couvent et abbé de Moyenmoutier de l’an 1279, qui désigne et spécifie les bans et finages dudit Raon. C’est la forêt sapinière, en haute futaie, par-ci par là des rochers aux nos légendaires, servent de limite entre les bois de l’abbé de Moyenmoutier et ceux de Raon. La ligne séparative est l’arête des montagnes dominant les pentes sur les vallées de la Plaine et des Ravines. Colas Arnould, Chaxé, le Rondeau, le Blossé, passe au col de la Croix Collé puis à la côte 608 (degrés du Paradis), suit la pente méridionale de ce mont ballonné, va rejoindre le ruisseau de Molleroy qui apporte aussi sa part de collaboration, sensiblement divagante dans les territoires de Moyenmoutier et Raon l’Étape, jusqu’à son confluent avec la Meurthe, suit encore les sinuosités de cette rivière, dont les eaux baignent les fortifications de la ville, rencontre le grand pont ; puis par une ligne brusque, à hauteur d’un îlot formé par la Meurthe, traverse la prairie, la nouvelle chaussée, puis l’ancien chemin «tirant» à Baccarat (54), se heurte au menhir dit «Haute Borne» et à travers les terres et les bois de «Haies» va aboutir à l’extrémité du sommet du «Rein des Bats», au-dessus de la fontaine des Maçons, limitant le territoire de Raon et celui de Bertrichamps -évêché de Metz- (54). Le sentier des pieds déchauds qui suit la crête du Rein des Bats est la ligne de séparation desdits territoires jusqu’au chemin de Neufmaisons (54) où se trouve une borne armoriée portant d’un côté la croix de Lorraine et de l’autre une crosse d’évêque avec au bas, les lettres : Q.D.R. Suivant le chemin se trouve une autre borne (à neuf toises de la croix Le Klerre) dont les deux faces portent les inscriptions suivantes : sur l’une d’elles une croix de Lorraine, de chaque côté de cette croix une rose est incrustée dans la pierre ; au dessus le milliaire «1615»  sur la face opposée : une crosse d’évêque et la marque Q.R.D. y sont gravées. Quatre autres bornes sont disséminées dans la direction du ruisseau du Void du Saumon où se trouvent les prés des héritiers « Fave ». De ce point, la ligne suit un mur parallèlement au ruisseau du Charmois et par un coude brusque, se dirige vers la Cense de Cœur, aboutit à l’angle Ouest de la maison puis une droite se jette à l’angle Ouest du pont de Vézeval, sur la rive droite de la rivière de la Plaine, remonte cette rivière jusqu’au territoire de Celles et par une ligne angulaire rejoint la borne du «Haut Port», désignée vulgairement sous le nom de «Haute Borne».

Gruyer : de racine germanique « grodi », vert « grüne » en allemand, « green » en anglais = officier forestier, maître forestier s’occupant de la gestion des bois. Gruage = droit sur la forêt. Au 13ème siècle, un officier est appelé «verdier».
Ban : portion de territoire bien délimitée avec ses habitants, ses biens et dépendant d’une autorité, d’une juridiction (seigneur laïc ou ecclésiastique).
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